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La Centrafrique est-elle un Etat souverain ? Si oui, comment comprendre l'agression perpétuelle
de son territoire par une bande de voyous, dirigée par ce criminel de Joseph Koni? C'est vraiment avec un pincement de coeur que je convoque les autorités militaires de notre pays à une conscience
nationale. C'est peut-être à jamais le moment de montrer ce qu'être Centrafricain. Nous n'allons pas continuer de rester passifs pendant que ces désoeuvrés étrangers bûlent nos maisons, emportent
nos biens, violent nos mamans, nos soeurs. C'en est trop. L'heure est à la justice. Le gouvernement de Bangui n'étant pas encore démissionnaire a tous les intérêts d'assoir l'autorité de l'Etat sur
tout l'étendu du territoire national. Je fustige aussi la surprenante passivité de la communauté internationale devant le massacre de mes compatriotes par une bande d'étrangers. Je me donne
le droit d'interroger réellement le rôle de la mission des nations unies en Centrafrique. Suffit-il de rouler les grosses voitures dans la ville désolée de Bangui et à la fin du mois faire des
rapports mensongers pour se faire des fortunes? Sachez que vous serez jugés vous-mêmes par le tribunal de votre conscience.
La vie reste une valeur sublime que nul n'a le droit d'annihiler même au bénéfice
d'ignorance. La cruauté bestiale recemment commise au marché à bétail ne peut que nous interpeller et nous pousser à sortir de notre silence. Ne rien dire à ce sujet revient pour nous à consacrer
et à pactiser à cet acte honteux, odieux et maccabre que la ville de Bangui vient de connaître. La déchéance humaine est entrain de se hisser dans la hauteur de sa bassesse dans la société
centrafricaine. Emmanuel Levinas disait "Même le chien reconnaît l'humain en l'homme". Partant de cette affirmation, nous ne pouvons que fustigier cette béliqueuse et malheureuse abjection humaine.
N'est-ce pas la haine de l'Autre qui a conduit à cette abjection ? Si le sang des bêtes égorgées quotidiennement ne cri pas justice, que nous sachions dorénavant qu'aucun sang humain ne cessera de
monter dans la vapeur et la nuée en lamentation justicière jusqu'à ce que justice soit faite. Cette Justice nous rattrapera au terme malheureux de notre marche inhumaine sur la terre des vivants.
Nous sommes persuadés aussi que le prix de 150 boeufs ne peut payer une goûte de sang humain versé par l'usage assassin d'un couteau. La violence n'a jamais été une bonne option car elle ne
peut que faire signe à une autre violence.
Elle est maintenant ostensible, la mauvaise volonté de nos hommes politiques à prendre
résolument la voie de la paix. De report en report, nous sommes dorénavant à la phase de retrait des uns et de la non-concession des autres. Où va donc la Centrafrique ?Qu'est-ce que le peuple
de ce pays enclavé a-t-il fait tant de mal pour être aussi redevable à l'histoire ? D'où nous viendra cette justice qui voudrait que tous les Centafricains aient leur
dignité à la face du monde ? L'éternelle justice accepterait-elle toujours de voir tout un peuple pris en otage par une engence d'égoïstes ? Nous sommes certains que l'histoire est juge
d'elle-même.
Les Banguissoises et les Banguissois sont entrain de
vivre depuis quelques semaines le chaos originel. Tout porte à voir un pays plongé depuis quelques jours dans une existence apocalyptique terrible. Disons que Bangui a mis son manteau noir comme
pour dire ce que la Centrafrique mère porte au-dedans d'elle. Le noir de Bangui n'est-il pas la révélation d'une vétusté sévère?
Lorque nous méditons un instant, nous voyons qu'il est bien évident que le noir de Bangui vient mettre au jour ce que la Centrafrique porte en elle. Le noir, nous le savons, est le lieu où la
lumière fait défaut. Et dans un lieu où la lumière vient de manquer, nous ne pouvons que faire l'expérience d'une existence anonyme. Nous avons, en effet, l'impression de vivre une vraie
déréliction éidétique. "Dans la nuit noire, l'être est jeté !", disait déjà le philosophe allemand, M. Heidegger. Le noir, c'est le lieu de non volonté sous tous ses aspects. Dans le noir,
l'initiative tire sa révérence et le Verfallen(chute) économique refait surface. Le noir traduit le degré de la misère d'un peuple, un peuple à l'apparence délaissé. Le noir est un
agrégat permettant de jauger la montée vers les hauteurs basses (disait Héraclite). Au fond, si le noir de Bangui ex-pose( poser à l'extérieur) le degré d'une popérisation inacceptable,
d'autre part il est une révélation notoire d'une vétusté chronique amère et sévère. Un tel degré de vétusté non combattu, dans un avenir proche, ne peut qu'avoir des conséquences désastreuses sur
l'économie de ce pays déjà si fragile. Et il va être évident que nous assistions à ce que les Economistes appellent: un effet d'entraînement. En d'autres termes, nous allons assister à une
cohorte de malheurs: le manque d'énergie électrique entraîne un manque de production; un manque de production entraîne un manque de consommation et puis le malaise social généralisé, instance où
la souveraineté du peuple retrouve son lieu originaire qu'est le peupe lui-même.
Nous pensons que le noir de Bangui est cela même qui vient nous dire la traversée du désert d'un peuple. Ce noir doit nous ouvir les yeux au lieu de nous rendre davantage aveugles, incapables
d'en voir un signe avant coureur. Le noir est la mère des maux. Préférons donc la lumière car, selon Platon, " la lumière est le royaume du Bien"
Fr Justin o.p.
L'Etat étant une réalité humaine ne peut se soustraire à aucun principe du logos. Ceci dit, dans
le cas qui est le nôtre, il s'agira de voir si l'interventionnisme étatique n'a-t-il pas besoin aussi d'une main invisible. Notons d’ores et déjà que la théorie de la main invisible affirme que
si chaque consommateur peut choisir délibérément ses achats et si chaque producteur peut choisir librement les produits qu'il vendra et la façon de les produire, alors le marché évoluera
vers une situation mutuellement bénéfique pour tous les agents économiques.
Nous le savons, l'idée gisant-au-fond à cette théorie est que le penchant
égoïste des individus va conduire chaque individu à se comporter d'une manière qui sera bénéfique pour la société. Et du coup, nous pouvons parler d'un effet d'entraînement et la ‘‘main
invisible’’ nous ouvre à un horizon éthique. Partant, les firmes choisiront les méthodes de production les plus efficaces afin de maximiser leur profit. Les prix de vente sont réduits sous
l'effet de la concurrence sur les marchés. Les agents investiront dans les industries qui ne parviennent pas à satisfaire la demande et qui fournissent donc les retours sur
investissement les plus élevés.
Il est alors obvie que tous ces effets auront lieu, ipso facto, sous l'effet d'une "main invisible". Cette théorie ne s'appliquera plus lorsque des actions des agents produisent des externalités.
Dans ce cas, l'intervention de l'État est alors nécessaire. Disons que l'externalité ou effet externe désigne une situation économique dans laquelle l'acte de consommation ou
de production d'un agent influe positivement ou négativement sur la situation d'un autre agent non-impliqué dans l'action, sans que ce dernier ne soit totalement compensé/ait à payer
pour les dommages/bénéfices engendrés.
Notre réflexion a finalement vocation de faire un lien nécessaire entre la théorie de la "main invisible" et l'interventionnisme étatique. La mise en tension de ces deux concepts nous révèle alors qu'un regard croisé sur eux nous ouvre indubitablement à l'éthique. Et l'éthique c'est cela même qui nous met au-dessus des conséquences parfois fâcheuses d'un libéralisme non-éthique, sans foi et ni loi .
Fr. Justin op.
ndemajustin@yahoo.fr
Une lecture attentive des grands événements de notre siècle laisse entrevoir
plus ou moins une déliquescence latente des valeurs humaines. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, l’homme jette sur l’homme un voile terrible de déshumanisation créant ainsi une barrière de
méfiance. Ici et là des rideaux de fer et des mûrs idéologiques se dressent entre les nations et du coup s’installent les axes du bien et du mal. De l’hospitalité gratuite, nous sommes passés à
une hospitalité choisie ou calculée. Le terrorisme ne cesse d’accroître avec ses drames effaçant la trame humaine de l’existence. L’homme sacrifié sur l’autel de la chosification se voit réduit à
un simple objet. Ce tableau sombre relevant en filigrane la déchéance des valeurs humaines, soulève la question de l’accueil de l’autre.
Le d’abord-humain comme réponse à l’Autre qui m’interpelle.
Une approche conceptuelle exprime à travers le mot accueil, l’idée d’une hospitalité. Du latin colligere qui veut dire cueillir, l’accueil n’est pas un écueil mais il consiste d’abord à cueillir l’autre, à se montrer son prochain. Autrui dans son errance dérélictionnelle appelle à la rescousse. Il s’agit ici d’un appel-réponse extra-catégorique, c’est-à-dire un appel fragile et neutre qui sollicite une réponse transcatégoriale rejoignant le d’abord-humain de l’homme. C’est ce mobile, ce d’abord-humain qui a permis au bon samaritain de poser un regard humain sur son hôte qui est son autre et qui le surprend par son appel passif à l’accueil. Le mouvement exodique effectué par le bon samaritain consiste à quitter le chez soi pour le chez lui. Dans ce mouvement les verrous de la méfiance sont sautés et la confiance refait surface et tient lieu de l’aire humaine où nous sommes convoqués par Autrui. Et qui est Autrui dans le mouvement de l’accueil ? Autrement dit « Qui est mon prochain ?». Autrui n’est pas seulement l’être-démuni qui vient pauvrement vers nous, mais il est et doit être celui vers qui nous nous sommes montrés le plus proche. La question de l’identité d’autrui dans le mouvement de l’accueil nous renvoie au d’abord-humain qui en ce sens prend acception de miséricorde, mode temporel de recontre d'autrui.
Un accueil calculé constitue alors un véritable écran à ce mouvement exodique qui originairement était inanticipable car, se fixant dans l’instant du présent, il nous arrache à toute éternité. Il est important de reconnaître que c’est à grand frais que cet exode pourrait être possible. La présence de l’Autre peut créer en moi la phobie d’une vacuité ontologique. Et LEVINAS a vu juste lorsqu’il se demande « Comment le Même se produisant comme égoïsme, peut-il entrer en relation avec un Autre sans le priver aussitôt de son altérité ? ». Et ailleurs il ajoute, comment le moi en tant que « L’étant peut-il entrer en relation avec l’autre sans laisser écraser par l’autre son soi-même ? ».
L’absolument autre c’est Autrui. Il ne fait pas nombre avec moi. La collectivité où je dis « tu » ou « nous » n’est pas un pluriel de « je » à en croire LEVINAS.
Moi, toi, ce ne sont pas là des individus d’un concept commun. On note là une absence de patrie commune qui fait de l’accueilli ou de l’autre, l’étranger ; l’étranger qui trouble le chez
soi. Mais étranger veut dire aussi le libre. Sur lui je ne peux pouvoir. Je ne peux pas non plus enfermer l’être-surgi dans une catégorie car il se situe lui-même dans une
catégorie «transcatégoriale ». Il échappe à ma prise par un côté essentiel au nom de son ipséité. Moi, n’ayant pas de concept commun avec Autrui, suis comme lui sans genre «
L’un est pour l’autre ce que l’autre est pour lui ». Dans cette relation la primauté revient à Autrui qui est la manifestation du d’abord-humaim : « Autrui en tant
qu’Autrui n’est pas seulement un alter ego, il est ce que je ne suis pas ». Au fond, accueillir Autrui revient à cueillir un visage. Le visage est expression, parole, demande,
supplication, commandement, enseignement. Quand je regarde une personne, je ne vois pas ses yeux mais je suis transporté dans un au-delà qui me révèle l’idée d’infini que je ne peux trouver en
moi-même. Pour LEVINAS, accueillir Autrui c’est accepter le visage. Et le visage est en l’homme ce qu’il y a de plus vulnérable ; mais c’est dans cette fragilité que s’inscrit l’impératif
éthique. Sa première injonction est « Tu ne commettras pas de meurtre », tu ne m’extrades pas, tu ne me rapatries pas, tu n’abandonnes pas l’homme tombé dans l’embuscade
et jonchant dans son sang innocent, etc. A cet effet, la précision du philosophe Ivoirien DIBI est de taille lorsqu’il pense que le visage peut désarmer car il me rappelle ma propre
finitude. Par ailleurs WIESEL nous rappelle une vérité fondamentale d’expérience en ces termes : « Il est de coutume de penser que confronté à un enfant l’assassin lui-même perd ses
moyens. L’enfant provoque en lui un retour vers l’humain ». C’est ce retour vers l’humain, appelé ci -haut le d’abord-humain, qui est l’accueil selon la compréhension
lévinassienne du terme.
Le d'abord-humain s'avère alors être une voie indénialble du dialogue inclusif entre les Centrafricains, car au fond, se parler c'est rencontrer l'humain. Voilà pourquoi l'impératif de
ce dialogue inclusif ne doit souffrir d'aucun atermoiement belligérant.
Fr Justin, OP.
Personne ne peut douter désormais que la passion est un levier nécaissaire au ''Take off'' d'un pays. Par la passion nous sommes à même
de tirer le futur vers le présent. Un peuple qui a de la passion vers les réalités sublimes se voit obligé de cohabiter avec l'ambition. L'ambition nous pousse à rattraper un
futur manqué et logé désormais dans le passé. Mais qu'en est-il d'un peuple où la passion et l'ambition ne sont pas convoquées ou portées ? N'est-ce pas alors accpeter délibérement de se
fermer aux horizons nouveaux?
L'expérience montre que celui qui se ferme aux ambitions s'accroupie sur lui-même et est incapable de voir les nuages qui planent au-dessus de sa tête comme pour lui rappeler que l'homme par le
fait même de son humanité, est appelé à se hisser dans les hautes sphères où l'on peut entrevoir les paradigmes d'un développement vrai et durable. Nous devons avoir une passion positive qui
nous permet de faire venir l'utopie à la réalité existentielle. Mais pour le Centrafricain, qu'est-ce que accepter de contempler les nuages comme horizons nouveaux, si ce n'est pas
avoir honte de la précarité de sa chère Centrafrique ? Il n'est pas insensé de penser que la vétusté de Bangui, à tous les niveaux d'ailleurs, traduit ce manque d'ambition ! Il n'est
pas aussi faux que l'ambition d'un peuple doit être portée d'abord par celui qui incarne ses espoirs(espoirs du peuple). "L'histoire d'un peuple est portée par les Grands Hommes", disait Hegel;
Car:"Rien de grand n'a été accompli sans passion ni ne peut être accompli sans elle. C'est seulement une morale morte, voire trop souvent hypocrite, qui se déchaîne contre la forme en tant
que telle de la passion" ( Cf. Encyclopédie, paragraphe 474, p. 272).
Finalement nous pensons qu'une passion positive à la hauteur d'une ambition peut être une bonne voie vers une éthique patriotique en centrafrique.
Fr Justin, O.P.